Free Skate Magazine ” Tom Barthélémy – 8 LEFT

Free Skate Magazine ” Tom Barthélémy – 8 LEFT


Tom Barthélémy – 8 GAUCHE

C’est l’heure du déjeuner, je rencontre Tom Barthelemy à Biarritz dans un restaurant typique de Beaurivage. Le jeune homme de 23 ans arrive de chez le kinésithérapeute dans sa Clio déglinguée. Je lui explique la mission du jour : réaliser son entretien pour Free. Nous commandons deux pintes, un camembert rôti, une côte de bœuf saignante et c’est parti.

– Vincent Auque

Vincent Auque : Vous êtes encore assez peu connu sur la scène skate européenne, pouvez-vous vous présenter ?
Tom Barthelemy : Je m’appelle Tom Barthelemy et je viens de la côte basque. Je suis né à Bayonne. Ma mère avait une école de surf à Anglet, j’ai donc grandi sur la plage et j’ai passé beaucoup de temps dans l’eau dès mon plus jeune âge – j’ai surfé ma première vague seul à l’âge de quatre ans avec des brassards. Le skateboard est également entré en ligne de compte très tôt, car nous nous retrouvions au Barreskatepark, au bord de la plage, lorsqu’il n’y avait pas de vagues.

VA : À quoi ressemblait le skatepark de la Barre à l’époque ?
TB : Ah mec, c’était plutôt merdique, haha. Il n’y avait que quatre obstacles en métal et une funbox… Mais la FISE a commencé à y organiser un contest tous les étés et a un peu amélioré le parc. Je crois qu’une année, ils ont même laissé un obstacle. Il y a aussi eu le pop-up skatepark de Nike Roundhouse, qui a eu un impact énorme sur nous. Ishod Wair et un groupe de pros sont venus pour cela et cela nous a vraiment motivés, Hugo (Westrelin), Tim (Debauché) et les garçons.

Ollie, Lasarte-Oria, Espagne. Photo : Clément Le Gall.

VA : Avez-vous toujours pratiqué le surf et le skate ou l’un des deux prend-il parfois le dessus ?
TB : Oui, j’ai toujours fait les deux. Quand j’avais 13 ou 14 ans, ma mère a arrêté son école de surf et mon père m’a inscrit au Surf Club d’Anglet. Je faisais partie de ce groupe “comp” géré par ce célèbre surfeur français qui s’appelait Romain Laulhé, donc j’ai été un peu poussé dans ce domaine. On participait à des compétitions locales, puis régionales et parfois même nationales. C’était super sympa, pas trop “try hard” ou quoi que ce soit… On filmait aussi des clips de free surf… Puis, en grandissant, je me suis retrouvé à surfer un peu moins… Il y avait de plus en plus de monde dans l’eau et l’énergie avait radicalement changé. À un moment donné, je me suis rendu compte que je n’aimais plus ça. J’avais besoin de surfer pour oublier mes problèmes, pour me retrouver seule et me vider la tête… Mais ça ne marchait pas. Au lieu de cela, je sortais de l’eau en colère. C’est alors que j’ai découvert le skateboard.

Le camembert rôti est servi et nous commandons deux verres de Rioja. La conversation reprend tandis que nous trempons nos croûtons de pain dans le fromage fondu et que nous buvons de généreuses gorgées de vin espagnol pour rester bien hydratés.

TB : À cette époque, j’ai beaucoup patiné seul, dans les rues, dans les parkings, sur le plat, peu importe. Cela m’a fait beaucoup de bien ! J’ai retrouvé et ressenti ce que je chérissais dans le surf, et cela a rétabli un certain équilibre dans ma vie.

VA : Est-ce que beaucoup de gens autour de vous font encore les deux ?
TB : Vous savez quoi, pas vraiment, ce qui est un peu décevant… J’aimerais dire que Tim Debauché et Hugo Westrelin font les deux parce que quand ils étaient petits, ils surfaient aussi, mais ils ne surfent plus beaucoup pour être honnête. J’ai toujours cette image d’Hugo à mes côtés mais en réalité, ils sont passés au skateboard assez tôt et je suis resté surfer un peu plus longtemps. Probablement parce que mon père surfait aussi et que nous avons fait des voyages sympas ensemble autour de ce sport. Chaque fois que mon père voulait vraiment surfer dans certains endroits ou certaines vagues et qu’il en avait les moyens, il m’emmenait avec lui… J’ai eu beaucoup de chance de vivre cette expérience.
Alors oui, j’étais un peu moins impliqué dans le skateboard au début, mais quand je m’y suis vraiment mis, Tim et Hugo étaient tous les deux là pour moi. Nous nous sommes reconnectés naturellement et cela m’a beaucoup aidé. Ils avaient déjà commencé à évoluer et à faire partie du monde du skateboard, alors il a fallu quelques années pour que les choses s’équilibrent, mais j’ai toujours eu ce truc de pouvoir déconnecter mon cerveau sur les gros spots et j’avais faim, alors on a quand même réussi à s’encourager l’un l’autre et ça m’a rendu très heureux. J’ai ensuite surfé sur Volcom et un peu plus tard sur Wallstreet… J’étais tellement excité !

Taildrop, Bordeaux. Photo : Clémént Le Gall.

VA : Si je vous avais demandé plus jeune ce que vous vouliez faire plus tard, que m’auriez-vous répondu ?
TB : Vers l’âge de 10 ans, j’ai découvert Lords of Dogtown avec Jay Adams, Tony Alva et tout ça et je suis devenu un fan de Jay Adams ! Le skate, le surf et l’humour… Ces gars-là faisaient du skate dans les piscines des maisons des gens, juste pour le plaisir, c’était génial. Je pense que même à 10 ans, je rêvais déjà de faire des vidéos de skateboard ou de surf, ou les deux en même temps. J’aimerais vraiment travailler un jour sur une partie avec les deux.

VA : Le voyage que nous avons fait ensemble à Lyon en 2023, pour le Slappy Challenge, était-il votre premier skate trip ?
TB : Oui ! J’ai pu rencontrer tous les gars de Lyon, la vibe était dingue, du vrai street ! Matisse Banc m’a époustouflé, c’est le meilleur, et puis il y avait aussi les gars d’Antiz, de Wallstreet Lyon… C’était super motivant.

VA : Et cela vous a permis d’obtenir la couverture de Sugar 222 (décembre 2023) ! Voulez-vous en parler ?
TB : Oui, c’était génial. On avait déjà fait un petit tour de la ville et alors qu’on passait en HDV pour aller sur un autre spot, on a remarqué un crew de skaters avec un photographe et tout ça à l’écart du rail. Nous avons vite compris qu’il s’agissait de Deedz, Eetu… Une bande de bêtes absolues en somme ! On va donc voir ça avec Lucien Gourdal, et alors qu’on ne sait même pas ce que Deedz veut essayer, Lucien me dit : “Tu vas grinder ce truc !”, alors je suis tout excité et je me dis fuck it I’m down ! On reste un peu plus longtemps pour regarder les premières tentatives de gap-to-boardslide de Deedz puis on va retrouver le reste du crew qui était déjà parti sur l’autre spot. A partir de ce moment, je ne peux m’empêcher, comme un petit enfant, avec une vague épique devant nous, de penser à ce trick, de le visualiser sans fin dans ma tête. Je me suis même couché tôt pour être prêt le lendemain. Le lendemain, nous y sommes allés vers midi et j’étais tellement stressé que j’ai réussi en six essais ! Mais oui, à chaque essai, j’étais tellement sous pression, je savais que ça pouvait vraiment mal tourner, alors je ne pouvais pas me permettre d’en faire trop. J’étais tellement content. Doobie m’a même appelé pour me dire que quelqu’un devait le faire, haha, j’étais tellement épuisé.

Ollie to frontside wallride, San Sebastian.

VA : Et depuis vous avez fait d’autres skate trips, n’est-ce pas ?
TB : Oui, il y a eu une tournée avec Roberto Alemañ, la Volcom Euro TM, et la
European team à Cadiz. J’ai rencontré des gars extraordinaires : Harry Lintell, Victor Pellegrin, Eniz Fazliov… Tous ces patineurs de haut niveau ! La pression était réelle, haha.
En fait, le premier jour, j’ai un peu tout gâché, haha. En fait, après avoir récupéré une partie de l’équipe à Madrid avec Christian (Vankelst), le réalisateur de la tournée, nous avions encore 8 heures de route pour arriver à Cadix… Tout le monde parlait anglais et il y avait quelques accents assez prononcés (Rob Pace, Harry Lintell) dans le mélange, donc c’était un peu difficile pour moi de suivre… Je savais que je devais essayer de m’impliquer malgré la nervosité, mais j’ai accidentellement fini par boire beaucoup trop de bières. Lorsque nous sommes arrivés à Cadix et que j’ai été présenté à Roberto et au reste de l’équipe, j’étais complètement bourré. À tel point que j’ai dû m’éclipser et vomir dans le jardin sans rien dire à personne, haha. Je ne sais pas si c’était le mal des transports dû au long trajet ou la pression ou quoi… Mais heureusement, je ne pense pas que quelqu’un l’ait remarqué. Ou peut-être qu’ils l’ont fait mais qu’ils ont agi comme s’ils n’avaient rien vu ? Qui sait…
Mais pour en revenir à la tournée elle-même, ce fut une expérience incroyable. Je ne suis pas très satisfait de la façon dont j’ai
mais j’ai tellement appris en les regardant et en voyant comment ils abordent les spots, c’était fou. En plus, j’ai eu ma première photo en Free avec ce wallride, qui m’a fait craquer… Donc oui, de bons souvenirs.

La serveuse fait de la place sur notre table bistrot et nous apporte une planche en bois avec des côtes de bœuf pour deux, accompagnées de frites et de salade. Nous prenons un autre verre de vin pour continuer notre conversation.

Arrivée matinale à Irun, Espagne. Photo : Clément Le Gall.

TB : A part ça, en ce moment à la maison nous filmons avec Killian Levifve de Saint-Jean-de- Luz. Il a une P2 et il est toujours partant pour filmer. C’est un peu grâce à lui que tout le monde est motivé en ce moment. On part en mission la journée, et le week-end on explore toutes ces banlieues espagnoles entre Irun et San Sebastian… Il y a plein de petites villes par là, donc on skate surtout des spots qui n’ont jamais été touchés. Nous avons tout le matériel nécessaire : laque, briques de frottement, cire, nous pouvons refaire beaucoup de spots. L’idée est de préparer une grosse vidéo pour cet été ou la fin de l’été.

VA : Pouvez-vous nous parler un peu de votre quotidien ?
TB : J’aime commencer la journée par une promenade seule dans la forêt, cela me met vraiment de bonne humeur. Sinon, je fais des étirements, du yoga, de la méditation… Sans nécessairement me forcer à le faire… Plutôt quand j’y pense, je le fais et ça me fait du bien. J’ai également la chance d’avoir une mère qui pratique le Reiki, un type de guérison par transfert d’énergie. C’est un peu mystique et vous pouvez choisir d’y croire ou non, mais cela m’a vraiment aidée.
Il y a aussi tous les petits boulots et les missions d’intérim que je fais. Le dernier que j’ai fait était génial : j’ai travaillé pour un jardin d’enfants ! Ça m’a complètement détruite haha ! Ils crient toute la journée ! J’ai l’impression d’avoir vieilli du jour au lendemain rien qu’en étant là… J’ai aussi travaillé sur un tas de chantiers de construction et quelques rénovations avec mon père. Ça vous rince le dos mais bon, c’est comme ça… J’ai aussi fait quelques shootings pour Volcom et il m’arrive de faire la vaisselle dans le restaurant de mon beau-père. En fait, je fais pas mal de choses pour pouvoir m’en sortir financièrement et skater le reste du temps.

Frontside nosegrind revert, Bordeaux. Photo : Tom Barthélémy.

VA : J’aime vous appeler le gardien du parc, voulez-vous parler ? de cela ?
TB : Oui, bien sûr. Dès que je peux, je viens au siège de Volcom pour visiter le skatepark. C’est vraiment dingue qu’ils m’aient fait confiance et qu’ils m’aient donné les clés. On est parfois huit à skater le parc, à jouer au ping-pong, à boire…
C’est un endroit génial. Il nous rassemble vraiment. On y est souvent, surtout en hiver quand il pleut peut-être trois jours par semaine, alors on s’y retrouve après le travail… On y a aussi tourné un mini projet pour Volcom avec Simon Bannerot et Lucien Gourdal, ça s’appelle DURE JOURNÉE AU BUREAU.
Cela dit, j’essaie de sortir de la ville chaque fois que je le peux, que ce soit à Bordeaux ou à Paris… J’ai beaucoup d’amis qui m’hébergent gentiment. J’essaie de gérer au mieux mon temps et mon argent, même si je suis encore jeune.

VA : Et le surf fait toujours partie de votre quotidien ?
TB : Bien sûr ! Ma mère a surfé lorsqu’elle était enceinte de moi et mon père m’appelle encore régulièrement pour aller surfer, donc je ne pense pas que cela changera de sitôt. Nous arrivons toujours à planifier des sessions amusantes où il n’y a pas trop d’agitation dans l’eau et j’aime toujours ça !

Nous terminons le repas par un Irish coffee, Tom sort fumer une cigarette sous le volet roulant de la terrasse du restaurant. Il est 14h30, il pleut sur Biarritz et l’interview est terminée.

Frontside 50-50, Saint-Sébastien. Photo : Clément Le Gall.